Naissance de Samuel:
Le 27 octobre 1996
Je suis à 37/38 SA, c'est dimanche, on est chez mes beau-parents, tout va bien , ma grossesse se passe idéalement, je ne me pose pas trop de questions sur la naissance, c'est pas encore de suite...
En milieu d'après-midi, je vais aux toilettes, et j'y découvre un machin qui me fait aussitôt tilt: si je devais imaginer l'aspect du bouchon muqueux, ben ce serait ça!!!
J'en parle à ma belle-mère et ma belle-soeur (qui a acccouché il y a 4 mois), on appelle l'hôpital (La Grave à Toulouse, c'est là où je suis née aussi...), la sage-femme me demande de venir pour m'examiner. Non je n'ai aucune contraction, je n'ai pas la valise non plus: c'est pas grave, venez quand même.
Il est 17 heures, nous partons Joël et moi. Arrivés à la maternité, la sf m'examine: je suis à 4 cm, je reste donc en salle de prétravail avec le monitoring. Effectivement, je crois bien sentir qq chose de temps en temps et je réalise que ce sont les contractions. j'en ai toutes les 5 minutes.
Une heure après, je suis à 6 cm, on m'amène en salle de travail, on me pose une perf et un brassard pour la tension (ça oui ça fait mal!!!), j'ai toujours le monito, on me propose la péri, ben non là pas besoin.
La sf et l'élève sf m'annoncent qu'elles ont fini leur garde et me présentent l'équipe suivante. Bon la sf a l'air moins sympa, tant pis...
Au bout d'une nouvelle heure, je suis à 8 cm, toujours avec des contractions toutes les 5 min...L'élève sf a l'air un peu perdu, elle se fait rouspéter pour un oui ou pour un non, c'est pourtant la seule qui me regarde quand elle s'adresse à moi!!!
Samuel est en postérieur (ça je ne l'ai appris qu'en demandant mon dossier médical). La sf m'examine au bout d'une nouvelle heure, toujours 8 cm. En fait il a fait un demi-tour quasi complet pendant cette heure là, il est formidable mais la sf ne pense visiblement pas comme moi. Elle m'annonce que pour la péri c'est maintenant ou après ce sera plus possible, elle aura pas le temps d'agir. Je lui dit que pour l'instant ça ne fait pas vraiment mal, comme c'est mon premier accouchement est-ce que ça va augmenter encore bc ou bien ça va rester du même ordre? Elle me répond que si à 8 cm la douleur est supportable elle devrait le rester. OK donc sans péri.
Là elle me dit que pour accélerer les choses elle va me percer la poche des eaux, c'est indolore. Entre ce moment-là et la dilatation complète il n'y a eu que 3/4 d'heure, mais ça a été les pires 3/4 d'heure que j'ai vécu. J'ai appris qu'elle m'avait aussi à ce moment-là injecté du synto dans la perf (sans me le dire), la douleur n'avait plus rien à voir , les contractions me paraissaient continues, quand une s'arrétait je me sentais comme un rat de labo qui attend la décharge suivante, la panique totale, je hurlais pour avoir la péri tout en sachant que c'était trop tard... Je veux quitter cet endroit, j'accouche plus, fini!
Petit détail: en me perçant la poche, la sf a posé un monito interne sur le crâne de Samuel...
Arrive enfin la dilatation complète (aucune envie de pousser mais au point où on en était...), la sf me demande de pousser (inspirez bloquez poussez c'est bien bravo c'est formidable ce que vous faites votre bb va arriver etc), quel soulagement au niveau de la douleur, pas de pb, je vais pousser de toutes mes forces!!!
En début d'expulsion, elle me prévient: on va vous faire une anesthésie locale (du bloc honteux en fait) pour pratiquer l'épisio (moi béni oui oui depuis le début, je dis oui à tout, en fait je ne dis même pas oui, on ne me demande rien, on m'informe de temps en temps...). A partir de là, je ne sens plus rien au niveau du périnée/vagin, j'ai quand même senti toutes les contractions pour ne pas sentir mon fils sortir passons.
L'épisio faite, je pousse tout ce que je peux (d'ailleurs j'aurais des petits vaisseaux éclatés dans le blanc des yeux pendant plusieurs mois...), à un moment la sf a dit "on voit les cheveux", Joël a même le droit de faire le tour pour voir lui aussi.
Et puis panique (sur le moment je ne sais pas pourquoi, après j'apprends toujours par mon dossier que le coeur de Samuel baisse un peu pendant les contractions, sans blague), soudain il y a 4 ou 5 personnes autour de moi, dont 2 ou 3 en appui sur mon ventre. Bon là quand même ça je sais que ça ne sert à rien, je me révolte, mais saucissonée dans les étriers, je ne peux rien faire. Alors j'arrète de pousser, j'accoucherais quand j'aurais la paix, pas dans ces conditions là...
Ca fait une demi-heure que l'expulsion a commencé, le délai est passé: l'interne sort les forceps, je m'en rend à peine compte, je suis ailleurs, entre l'épuisement, la frustration et la colère. La seconde cuillère est à peine posée que Samuel glisse tout seul, voilà, il est né, dans ma colère, dans les sentiments négatifs, dans cette ambiance là. Il est 22 heures. On essaie de me le montrer, j'arrive à le toucher, je le carresse tant que je peux, j'ai du mal à le voir, ma nuque ne suffit pas à soulever ma tête, je me souviens du blanc du vernix, du rouge du sang et du vert du drap.
Puis on l'emmène "pour le tenir au chaud" puisqu'on n'avait pas les affaires. Joël part à la maison chercher la valise et passer qq coups de fil, moi j'ai du mal à reprendre conscience, le placenta sort, la sf m'appuie sur le ventre tant qu'elle peut ça fait très mal, elle recoud l'épisio, puis je reste seule dans la salle de naissance qui me parait immense d'un coup, elle me donne le vertige! Au bout d'une heure et demi, Joël est de retour. Samuel ne reviendra qu'après 3 heures, a-t-il pleuré dans l'intervalle? Je ne sais pas, mais là il dort et ne veut pas du sein.
On nous amène dans la chambre, puis on nous laisse. Je reprends petit à petit des forces, je vais passer cette première nuit à le regarder et à essayer de faire disparaitre la colère , pour pouvoir commencer à l'aimer sereinement .
En y repensant, j'ai réalisé à quel point j'avais eu de la chance de pouvoir vivre ces contractions si efficaces sans grande douleur, à quel point mon fils et moi avions été formidable dans cette naissance, et à quel point la sage-femme en intervenant à tort et à travers avait gaché tout ça.
Pour ma fille, j'ai cherché un endroit plus "humain" pour lui donner naissance, mais ce sera pour une autre fois!!!...